mercredi 29 décembre 2010

Prendre sa carte !

Voici une lecture intéressante pour qui s'intéresse à la vie du Parti Compmuniste, en France, d'hier à aujourd'hui. 
Le travail livré là par Roger Martelli avec la rigueur de l'historien illustre l'histoire d'une organisation politique inséparable de l'histoire du XXème siècle en France.
De la même façon cette lecture peut nourrir la réflexion sur le présent et sur l'avenir de ce parti mis à mal par la "modernisation" du jeu politicien de ces dernières décennies. Une organisation vaut d'abord par celles et ceux qui la font. Les statistiques, parfois difficiles à établir, déshumanisent le cours de la vie et du comportement des hommes et des femmes, des pensées, des actes et des relations. Mais suivre l'évolution des masses sur la ligne du temps et rapporter les modifications aux contextes des différentes époques enseigne aussi bien le sens des engagements, des luttes et des stratégies mises en oeuvre.


"Le chiffre, à la limite, en dit davantage sur celui qui le produit que sur le phénomène qu’il est censé décrire. Or, en matière de dénombrement de ses propres rangs, la direction communiste a eu une attitude fluctuante.

1. L’héritage du socialisme d’avant 1914.
Avant le PCF, le mouvement socialiste a lui-même manifesté un intérêt très relatif pour la statistique militante. De même que la pratique de comptage de l’électeur ne se stabilise
que lentement, à la charnière des XIXe et XXe siècles, de même le dénombrement des adhérents ne préoccupe guère le monde socialiste, qui vit encore sur la relative indifférenciation des organisations ouvrières, associatives, syndicales ou partisanes.
En fait, le socialisme hésite longtemps entre l’adhésion individuelle, « absolue et sans réserve » exigée par le Parti Ouvrier Français de Jules Guesde (1893) et la sociabilité coutumière des sociétés populaires, moins stricte et plus collective. Le parti socialiste des origines ne repose pas sur l’adhésion personnelle, mais sur l’agrégation fédérative de chambres syndicales, de cercles populaires et ouvriers et de coopératives ouvrières. Même
quand apparaît le « Parti » ouvrier, à la fin du XIXe siècle, l’ambiguïté persiste entre le ralliement des groupes constitués et l’engagement individuel. Dans un espace qui n’a pas encore arrêté sa propre conception de « l’adhérent », le réseau des sympathies
mobilisables, à la limite, compte davantage que l’adhérent « encarté » : à quoi bon établir une barrière entre l’intérieur et l’extérieur ? Le « eux » et le « nous » fonctionnent pour distinguer l’ouvrier du bourgeois, pas pour séparer les prolétaires entre eux, a fortiori pour diviser les « socialistes ».
... "
C'est ainsi que Roger Martelli entame son étude. Et dès sa première page il est intéressant de noter l'ambiguité mise en évidence de l'adhésion individuelle et du ralliement collectif de groupes de diverses formes d'organisations. Cette situation des précurseurs à la charnière du 19ème et du 20ème siècle n'est pas sans rappeler l'un des débats qui s'ouvre autour du Front de gauche aujourd'hui, de sa formation en parti avec des adhésions individuelles directes, ou d'une structure fédérative plus floue et plus souple...

En tout état de cause, le temps passé à cette lecture ne saurait être du temps perdu !



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