vendredi 18 janvier 2019

sous l'empire des "bons à rien"

"C'est n'être bon à rien de n'être bon qu'à soi."
signé Voltaire

Cette citation peut illustrer le portrait paradoxal de cette figure emblématique de la France qui raffolait de la fréquentation des grands et menait lui-même aussi grand train tout en se passionnant pour des causes qui en feront un inspirateur de la Révolution puisant au Siècle des Lumières des valeurs encore fortes aujourd'hui, la liberté, l'égalité...
Dans cette maxime le philosophe met l'individu face à son destin d'autre lui-même. Il initie un concept de société qui préfigure la République sociale, celle dans laquelle le bien public se construit dans l'action collective, celle dans laquelle l'individu grandit dans l'interdépendance parmi ses semblables.
La dialectique du singulier et du pluriel, deux siècles et demi après Voltaire se déploie aujourd'hui dans une logique régressive qui voudrait établir la primauté de l'individu sur le collectif, une perspective dans laquelle la concurrence l'emporte sur la coopération.
La nouvelle vertu se grime pour mieux abuser les consciences. C'est le mythe de l'entreprise bienfaitrice de l'humanité face à la horde inquiétante des travailleurs qui la font, illettrées de Gad comme disait Macron ou sans-dent pour Hollande... Vive l'autoentrepreneur accédant au monde des maîtres qui font les esclaves, et qui à défaut d'en faire d'autres s’assujettissent de leur plein gré...
Il serait aujourd'hui normal d'être précaire, à temps partiel, en CDD, intérimaire ou chômeur jetable et corvéable à merci quand on est travailleur ; mais le patron, lui, l'entrepreneur lui, ne se conçoit bien qu'exploiteur à temps complet, dégagé des contingences  de la vie et de ses aléas. 

Il serait normal aujourd'hui de devoir accepter une baisse de son salaire pour conserver le "privilège" de son emploi, ou de subir des années durant l'absence d'augmentation de ses revenus quand son travail produit une augmentation significative des richesses, blocage des salaires et des pensions de retraites, dégradation constante des conditions de vie de la masse des citoyens de toutes générations ; mais l'actionnaire, lui, le spéculateur, lui, d'ici ou d'ailleurs, ne peut respirer que dans la bulle spéculative de sa rente dopée à 15 ou 20% de rendement annuel, sangsue grasse du sang et de la sueur des autres (57 milliards de dividendes versés aux actionnaires du CAC 40 !).

Il serait normal aujourd'hui d'être locataire à un tarif abracadabrantesque qui n'est plus supportable qu'au prix d'une aide publique qui permet au bailleur d'engraisser toujours en faisant flamber le prix de l'immobilier sous la "loi du marché" qui met des dizaines de milliers de femmes d'hommes et d'enfants dans la rue... ce qui n'empêche pas ces "privilégiés" naturellement exonérés de la taxe d'habitation de payer l'impôt malgré eux et bien au-delà de leur capacité avec la TVA... Mais pour les propriétaires du porche d'où on les déloge, rien n'est plus simple que d'éviter l'impôt avec les dispositifs de réduction d'impôts, de déductions fiscales, du crédit d'impôt, de tout l'arsenal qui va jusqu'à subventionner l'emploi du personnel de maison des rentiers ; vive l'optimisation fiscale qui fait prospérer le patrimoine de ceux qui ont tout au détriment de ceux qui n'ont rien.

Il serait normal aujourd'hui de vivre en zone blanche dans des territoires sans école, sans poste, sans gare, sans perception, sans réseau téléphonique fiable, sans belle route autre que la route privatisée à péage... une vie en apnée républicaine plongée dans les eaux troubles de l'argent roi.

A y regarder de plus près, Voltaire l'avait bien vu, chez ceux qui nous gouvernent, petits commis de maîtres discrets derrière les hauts murs de leurs domaines, faibles sous influence des groupes de pression qui les nourrissent ou parvenus dans l'illusion d'appartenir au même monde dès lors qu'ils s'en approchent, la plupart ne sont guère bons "qu'à soi", jusqu'à en oublier parfois la différence entre bien public et confort particulier.
Affaire de l'hippodrome de Compiègne, succession de Daniel Wildenstein, Carlton de Lille, financement occulte du Parti républicain, tramway de Bordeaux... Affaire Guérini, Balkany, Serge Dassault... Affaire Karachi, affaire Sylvie Andrieux, Affaire Ziad Takieddine, Affaire Total, affaire Woerth-Bettencourt, affaire Sarkozy-Kadhafi, Cahuzac, Lamblin, formations professionnelles d'EELV, Bygmalion, Tapie-Lagarde, sondages de l'Élysée, Thévenoud, eurodéputés du FN, Fillon, Le Roux, affaire Jeanne, affaire des mutuelles de Bretagne ou affaire Ferrand, affaires des eurodéputés du MoDem, affaire Business France... Tout en respectant la présomption d'innocence, ça fait quand même beaucoup depuis moins dix ans avant Benalla !

Les petits arrangements avec la morale, les petites entorses à l’honnêteté, les petits oublis du bon moment, toutes les roueries attachées au cortège du pouvoir ou à la laisse de sa conquête sont venus à bout d'une cohésion sociale qui s'étiole, d'une citoyenneté fragilisée, jusqu'à ce que l'image de soi se pervertisse dans les réseaux sociaux, réduisant le collectif républicain à une collection de communautés qui s'épient. Diviser pour mieux régner... et d'autant mieux prêcher le "vivre ensemble" qu'on s'en isole en maître.

Voltaire avait raison, et c'est bien à ce qu'il est "prêt à tout" qu'on reconnait mieux le "bon à rien" qui n'est "bon qu'à soi". 
Quand tout les autres prennent envie de mieux vivre ensemble, ça s'appelle une Révolution, et la prochaine ne sera pas la première...

... à bientôt !


dimanche 6 janvier 2019

Le don

Depuis quelques jours de curieux échos peuplent les actualités : la générosité des français serait en berne... Baisse de la recette du téléthon (on constate d'ailleurs une érosion de la mobilisation locale, vieillissement, etc)... Institut Curie, Croix-Rouge... les grands opérateurs médecins de la misère et jambe de bois de la puissance publique chaque jour amputée affichent des manques à gagner considérables cette année.
Jusqu'au denier du culte qui aurait perdu des millions avec la défection de plus de la moitié des donateurs les plus fortunés...
Les difficultés rencontrées par bien des familles peuvent expliquer un don un peu plus modeste à la quête du curé ou dans la tirelire de la Croix Rouge... Mais l'explication ouvertement avancée pour justifier de cette perte massive peut paraître curieuse : la suppression de l'ISF. Un petit calcul éclaircit assez facilement les choses :
La suppression de l'ISF laisse quelques milliards dans les poches des plus riches, ils pourraient se montrer plus généreux ! Et bien non, car, c'est bien connu, charité bien ordonnée commence par soi même ; et la générosité passée désormais amputée commençait par rapporter plus qu'elle ne coûtait !
Parmi les mesures qui permettaient d'échapper au paiement de l'ISF, de nombreux investissements autorisaient des réductions d'impôts ; quant aux dons, c'est à hauteur de 75% qu'ils intervenaient...
Même avec le plafond de réduction appliqué aujourd'hui à l’impôt sur la fortune immobilière à hauteur de 50000 euros, l'impact n'est pas négligeable : un don de 66666 euros ne coûtait que 16666 euros, l'Etat faisant cadeau de 50000 euros qui lui manque à gagner.
En supprimant l'ISF, non seulement l'Etat s'est privé de recette, mais il a encouragé les plus fortunés à conserver par devers eux le fruit de leur générosité très intéressée d'hier... pour en faire un usage plus profitable dans la spéculation dont les formes ne manquent pas.
Dans cette aventure, les organismes, dont la plupart devraient être intégralement financés par des fonds publics puisqu'ils répondent à des problématiques d'intérêt général -recherche  scientifique, recherche médicale, lutte contre la précarité, etc.- perdent une part importante de leurs ressources constituées par les "gros donateurs" d'hier. Mais l'Etat qui y perdait des ressources fiscales hier n'en récupère rien aujourd'hui pour autant !
L’affaiblissement de la puissance publique revendiqué par Macron aujourd'hui comme toutes les droites l'ont toujours fait ne conduit qu'au sur-enrichissement des plus riches au détriment des plus pauvres et des aides qui pourraient leur être apportées, tout en pressurant un peu plus les couches dites "intermédiaires" pour compenser les pertes liées aux largesses accordées aux "premiers de cordée".
Crise économique, sociale, politique, morale... 
A écouter les privilégiés des beaux quartiers il faudrait amputer notre société de la misère ou au mieux la greffer sur le bois mort... De plus en plus difficile à régler tant la masse s’accroît !
Ne serait-ce que sur le plan de l'emploi, en une dizaine d'années, le nombre des chômeurs a presque doublé pour toucher aujourd'hui plus de 6 millions de personnes -un français sur 10 enfants et vieillards confondus-, il devient possible d'imaginer la suite.
En considérant que le pays compte aujourd'hui une bonne trentaine de millions de personnes en âge de travailler entre âge de la formation et de la retraite, dans chaque groupe de 6 vous avez au moins une personne privée d'emploi... Ca finit par faire beaucoup !
Le nombre des nécessiteux croit au moins aussi vite que grandit la fortune du plus petit nombre de privilégiés qui ont "élu" le macron qui nous gouverne par procuration avec l'argent des autres.
Pour s'en convaincre il suffit de parcourir l'inventaires des soutiens financiers à la campagne présidentielle de Macron. Une grande majorité de dons au plafond des 7500 euros autorisés par la loi (il est probable que le niveau de ces dons souligne un niveau de ressources des donateurs qui ne les fasse pas client des restos du cœur) mérite bien le renvoi d'ascenseur de l'heureux élu avec l'abandon de l'ISF, la Flat-tax,..
Des "économistes" peu suspects de sympathies révolutionnaires constatent que, quand les 5 % du bas de l’échelle enregistreraient une hausse de leur niveau de vie de 0,2 %, les 5 % du haut en emmagasinent plus de 2,2 %... Peut-on s'accorder sur le fait que +0,2% de pas grand chose, ça fait quand même bien moins que 2,2% de beaucoup trop ?

Alors ?
L'éclosion automnale des "gilets jaunes" n'a rien de spontané ; elle est un des symptôme de l'approfondissement de la crise capitaliste dans sa phase aboutie de captation des richesses symbolisée par le passage de Macron de commis de la banque Rotschild au perron de l'Elysée.
Les coups portés à la démocratie sociale depuis 1983 après l’entrebâillement de 81
avaient écartés du jeu politique et social une majorité de citoyens qui viennent( de se redécouvrir acteurs de leur citoyenneté. Ils avaient déserté les urnes comme les rangs des partis politiques. Ces corps intermédiaires dont Macron et les siens veulent écarter du paysage vont devoir renaître de leurs cendres pour ressusciter la république.
Pour ce qui est des partis politiques noyés par le tsunami des dernières présidentielles ils vont devoir reconstruire leur structures sur des fondations militantes plutôt que sur les subsides publics qui font qu'un électeur de gauche paye plus cher de cotisation fiscale pour l’extrême droite que pour son courant de pensée... avec des élus qui servent leurs organisations plus qu'ils ne s'en servent.
Pour ce qui est des organisations syndicales qui se sont étiolées dans la compromission en béquille du pouvoir comme en relations concurrentielles stériles sans projet mobilisateur autre qu'en réaction conduisant à l'acceptation du moindre mal (voir indemnisation supra-légale des licenciements), elles vont devoir aussi revisiter leurs pratiques pour redevenir l'expression de leurs mandants...
Quelle que soit la couleur des gilets la sortie de crise ne passera pas par le maintien au pouvoir d'une petite coterie de fondés de pouvoir des grandes fortunes.
La nouvelle république dont le pays a besoin mûrira mieux dans la lutte idéologique que dans les violences de rues qui ont toujours conforté les régimes autoritaires à force de répression policière.
La réforme fiscale comme celle des institution ne sont que deux volets d'une même révolution citoyenne qui se profile ; pour bientôt ? pas si sûr... 
Lorsqu'il est question de convergence des luttes, c'est bien qu'il y a des luttes... Mais le catalyseurs n'est pas encore là avec l'impuissance de la foule de ceux qui à gauche, ne peuvent exister qu'en concurrence avec les autres. Il est compliqué de savoir où on va en courant derrière un train qu'on n'attendait pas.
Pour autant, la grande majorité qui s'est écarté depuis longtemps du débat public (abstentionnisme, désyndicalisation, individualisme...) n'a effectivement guère aujourd'hui d'autres arguments à faire valoir que la manifestation de rue sans référence au cadre traditionnel des organisations existantes, y compris au prix des violences qu'elle peut susciter.
Ce n'est pas le "grand débat" macronien qui réglera l'affaire, mais le réinvestissement des militants politiques, syndicaux et associatifs qui ont toujours fait la charpente de notre démocratie républicaine.
Ce n'est pas à l'intérieur d'un mouvement informel comme celui des GJ que l'issue progressiste se fera jour, car toute tentative d'organisation va nécessairement en signer l'éclatement en autant de miette que sa diversité l'impose.
C'est par la fédération autour d'une idée du bien commun, par la mobilisation autour du pôle antagoniste du capital au pouvoir que se construira dans le temps le projet et la démarche de reconquête de la citoyenneté républicaine.

samedi 15 décembre 2018

Violence(s)

2018 s’achève dans l’atmosphère épaisse des fumées mêlées des braseros des ronds-points et des grenades lacrymogènes des boulevards parisiens ; dans le tumulte et le bruit d’une révolte populaire confrontée à un pouvoir politique dont l’indifférence aveugle et sourde tarde à se dissiper derrière l’écran de fumée des violences. 
Cette année s’achève dans un pays où la difficulté à vivre du plus grand nombre crève l’écran du confort théorique des après-midi de jeux télévisés où chacun s’enrichit par procuration… Les Gilets Jaunes, politiquement incorrects, en viennent même à troubler la tranquillité d’une petite minorité des plus favorisés aux terrasses des beaux quartiers.
En deux petites années, depuis son « nulle part ailleurs à l’extrême centre » le macronisme à balayé les grands courants politiques traditionnels à gauche comme à droite, d’autant plus faciles à secouer d’ailleurs qu’ils avaient depuis longtemps rompu les amarres avec le peuple de leur base électorale devenu majoritairement abstentionniste !
La constitution du « monde de Macron » sur les réseaux sociaux rassemblant celles et ceux qui déniaient au clivage gauche/droite toute capacité à structurer le débat idéologique pour le remplacer par un ni gauche/ni gauche a fait la part belle à la tentative de recyclage de quelques figures du néolibéralisme dans un projet fumeux badigeonné de « modernisme ». Sa jeune génération convaincue de tout savoir sans avoir rien appris de la vie se retrouve aujourd’hui face à ceux qui ont tout appris de la vie sans avoir eu le temps de passer par l’ENA, juste par l’école de l’ANPE et des Restos du coeur.
Il n’a pas fallu attendre bien des mois pour décoder une modernité de pacotille qui faisait la part belle aux vieilles recettes du capital dans sa lutte contre le monde du travail : suppression de l’ISF, Loi travail, nouveau CICE, Pan sur le bec des retraités avec la désindexation des pensions et l’augmentation de 25% de la CSG, des services publics déguenillés, etc., etc.
Le divorce consommé d’un peuple de citoyens avec ses élites dirigeantes n’a fait que s’accroître sur le thème de l’injustice et de l’insupportabilité de la misère d’un trop grand nombre, et ce depuis des lustres… Celles et ceux qui dénonçaient cette évolution mortifère se sont toujours vu opposer la nécessité du choix du moindre mal, pour, au bout du compte, se voir imposer le pire.
Les mouvements de colère et les manifestations qui s’enkystent dans « la France d’en-bas » poussent-elles sur un terreau révolutionnaire ? Notre pays est riche dans ce domaine d’une vieille expérience ; et c’est d’ailleurs ce qui en a durci le modèle démocratique de la République, trempé dans les foyers révolutionnaires qui ont émaillé l’histoire de France depuis la Révolution de 1789.
Dans les soulèvements populaires que la France a connus deux constantes sont assez systématiquement repérables.
La première touche à l’amorce du mouvement qui s’articule toujours autour de la mise en cause des deux grands principes de la République de 1792 : la liberté et l’égalité. Aujourd’hui la référence à l’injustice fiscale et aux difficultés sociales exacerbées y fait référence.
La seconde porte sur les conditions du déroulement et du dénouement du mouvement populaire qui ne produit de réel changement qu’avec une forme d’alliance opportune et l’appoint d’une force complémentaire.
Le regard sur les jacqueries du Moyen-Age révèle leur manque de débouché positif faute de soutien apporté à la colère des gueux face à la brutalité de l’oppression religieuse et des répressions seigneuriales…
L’épisode révolutionnaire de 1789, surgissant quelques mois après « la journée des tuiles » du 7 juin 1788 à Grenoble, est emblématique de la jonction des deux composantes du Tiers-Etat dressées face aux ordres privilégiés de la noblesse et du clergé pour qu’enfin, après avoir fait tomber Robespierre, la bourgeoisie s’impose en nouvel ordre dominant tout en renvoyant le peuple des manants à sa misère… sous le joug de ses nouveaux maîtres.
Plus tard les trois épisodes révolutionnaires du XIXème siècle aboutiront aussi à la confiscation de la colère au profit du rétablissement d’un ordre plus réactionnaire profilant le retour à terme de nouveaux soulèvements à l’échéance d’une nouvelle génération. Ce fut le cas en 1830, en 1848 et avec la Commune de Paris fusillée par les Versaillais. Dans tous les cas la politique intérieure de la France est aussi en prise avec les tensions internationales conduisant à des conflits majeurs, la guerre servant d’exutoire aux mains des pouvoirs réactionnaires pour briser les poussées progressistes. Les deux guerres mondiales s’inscrivent dans ces processus de résolution violente des tensions internes et externes.
Cependant, si les grands mouvements populaires ne se résolvent pas directement sous des formes progressistes, ils laissent généralement quelques traces, souvent concédées à terme, dans des mesures qui finissent par s’imposer : le suffrage universel, la limitation du temps de travail ou du travail des enfants, l’école publique, le vote des femmes, la notion de bien public ne sont que quelques exemples de ces conquêtes arrachées à l’autorité des pouvoirs contestés dans le cycle des mouvements populaires : revendication d’un jour n’aboutit parfois que beaucoup plus tard.
Évoquer la Résistance dans la réflexion sur les grands soulèvements populaires que connait ou qu’a pu connaître notre pays est peut-être déraisonnable ; mais… 
En plein cœur de la seconde guerre mondiale, la Résistance, née sous des formes variées, et après avoir rassemblé une grande diversité d’acteurs sur les mêmes objectifs de libération victorieuse du pays et de reconstruction républicaine, avait conçu le « Programme National de la Résistance ».
C’était plus qu’un cahier de doléances, et, en creux, son contenu disait bien les misères qu’il voulait éradiquer et les pertes de liberté et d’égalité qu’il fallait conjurer.
La lutte de la Résistance n’a pas échappé au même modèle de résolution que d’autres crises. Sitôt la victoire assurée et les premiers éléments du Programme du CNR portés dans le cadre législatif, des forces conservatrices se chargèrent d’en réduire la portée tout en se projetant dans la phase finale des aventures coloniales… De la même façon nombre de collaborateurs échappèrent à l’épuration pour être recyclés dans une vie publique oublieuse de leur trahison
C’est ainsi que des Papon, Bousquet, ou quelques autres en réchappent, et pas seulement pour mettre leur trahison à l’abri du jugement, mais pour de belles revanches à l’endroit des mouvements ouvriers…
Et puis vint 1968… Et puis vint 1981… Et puis 83 qui enclencha la grande braderie des conquêtes sociales passée à la moulinette du « pragmatisme »  et du « moins d’Etat » dont les plus faibles ont toujours fait les frais.
Les réseaux sociaux aujourd’hui, colporteurs des temps modernes, structurent maintenant le fonctionnement de la contestation, sa diffusion et ses perspectives.
Et, comme dans d’autres épisodes de l’histoire, la contestation s’affiche dans le naturel de sa posture et de ses codes, bravant tout ce qui peut faire corps aux alentours, fustigeant aussi bien les organisations professionnelles que les mouvements politiques. Elle érige la méfiance en vertu cardinale et n’entend rien qui puisse répondre à ses revendications, d’autant moins d’ailleurs que le vocabulaire et la grammaire de ses préoccupations sont complètement étrangers au langage dominant du pouvoir qu’elle attaque.
C’est en ayant ces quelques éléments à l’esprit que je me hasarde à essayer de comprendre les mouvements actuels, leur conduite comme leur processus de résolution.
Les Gilets Jaunes ne sont ni Communards, ni Résistants ; mais ils partagent avec toutes celles et ceux qui ont un jour monté des barricades l’envie de se défaire d’un carcan de souffrances, de misère et de privations, d’oppressions civiles ou militaires… et ils le font d’autant plus naturellement (maladroitement diront certains qui croient d’autant mieux savoir comment faire qu’ils n’ont jamais fait…) en parlant « chacun pour soi » tout en affirmant paradoxalement leur identité collective. Leur nouveau monde rejetant tout collectif pré-existant (partis politiques, organisations syndicales) les met brutalement face à leur contraire bâti sur les mêmes principes et sur les mêmes réseaux sociaux (Macron s’était voulu étranger aux vieux partis, prophète d’un nouveau monde faisant marcher ensemble tout et son contraire…).
De ce fait le face-à-face entre cette « France d’en-bas » et l’autre « France d’en-haut » ne peut guère que faire court-circuit et étincelles quand elles s’approchent. La violence est une forme de décharge qui va libérer les tensions. C’est là que la « violence » est montrée du doigt, celle des Gilets Jaunes et des « casseurs ». Pour les grands de ce monde et les élites républicaines que les télévisions nous montrent bien maquillés pour masquer leurs vilaines manières, ces gens là sont vulgaires, ils ne présentent pas bien, ils ne parlent pas bien, ils ne respectent rien… 
Mais ce sont celles-là, pauvres ouvrières licenciées, dont Macron ministre disait qu’elles étaient illettrées (conflit des Gad en Bretagne), où ceux-là à qui Sarkozy jouait des coups de mentons et des « Casse-toi pauv’ con ! » dans les allées d’un concours agricole, ou tout le peuple réuni à qui le président Macron disait récemment, sourire condescendant au coin des lèvres : « qu’ils viennent me chercher ! ».
La violence elle-même est condamnable, et tout humaniste doit bien sûr prêcher la paix et des relations humaines empreintes de confiance et de respect…
Mais la chronologie des faits est imparable et permet à tout un chacun de comprendre la relation de causalité qui parfois fait répondre par la violence à une autre violence, plus discrètement exercée peut-être, mais tout aussi insupportable. 
Alors peut-être tout le monde s’accordera pour trouver insupportable qu’on ait saccagé l’Arc de Triomphe… en sachant savoir qui, quand, comment, et pourquoi.
Quant à la sortie de crise, pour qu’une transaction soit possible entre « Gilets Jaunes » et Pouvoir, il leur faudrait trouver le « troisième élément qui viendrait en accompagner un pour l’aider à gagner et rafler la mise après…
C’est peut-être là qu’il faut veiller au grain pour que ce ne soit pas l’extrême droite qui gagne sur le terrain du désordre et des coups tordus ce qu’elle ne parvient pas encore à gagner pas dans les urnes.
Et pour se faire un jugement tout empreint de sérénité et d’espoir, la relecture du programme du CNR sera d’un soutien sans pareil pour mesurer les revendications d’aujourd’hui à l’aune des projets toujours inaboutis qui faisaient l’espoir des « Jours Heureux » imaginés dans la tourmente de 1943.
C’est aussi dans la mobilisation pour une sortie de crise progressiste que se joue notre devoir de mémoire au service de tous les acteurs de la Résistance, des valeurs de la Résistance et de la République, la liberté, l’égalité, la justice, la paix, ici comme ailleurs !

mardi 4 décembre 2018

Gilet jaune et carton rouge

Madame la député LaREM fait le boulot... elle est sur les plateau des médias face aux "gilets jaunes"... et c'est un exercice périlleux auquel tous, ministres ou députés ne sont pas vraiment rodés.
Ci-dessous l'émission complète avec des échanges intéressants...
Mais si vous voulez accéder plus vite à la pépite concernant l'ignorance du niveau du SMIC, allez directement à la 42ème minute...



L'avalanche de réactions sur le compte twitter de l'émission de Morandini est édifiante ; tous les commentaires illustrent l'écart à mesurer en années  lumières entre le peuple des gilets jaunes et la petite caste au pouvoir.

Cette députée de Paris était suppléante de Benjamin Griveaux désormais au gouvernement ; et avant de rejoindre Macron et la République en Marche elle avait accompagné Manuel Vallas lors des primaires de la gauche en 2016...

vendredi 30 novembre 2018

Plus belle la vie...

... en Macronie !

L'histoire se passe en 2018, en France, mais en France rurale s'entend, celle des périphéries, que d'aucuns pensent des oubliés...
Oubliés ? pas du tout ! Les "âgés" comme ils disent - puisqu'il n'est plus question de "retraite" en Macronie, mais de "perte d'autonomie liée à l'âge"- sont toujours connus des services de impôts.

La perception d'à côté est fermée les trois quarts du temps, mais le Centre d'encaissement des finances publiques de Lille les connait bien de si loin.
Ce couple d'anciens paysans, métayers aux temps les plus anciens puis fermiers sur une grande exploitation d'une soixantaine d'hectares où travaillaient trois générations avec quelques commis aux champs et les femmes pour la basse-cour... Une vieille histoire qui leur valut, et non sans mal, d'obtenir la retraite à 60 ans, 5 ans plus tôt que la génération précédente... 
Quel privilège diraient en cœur Bernard Arnault, Carlos Ghosn et leur petit Gérald Darmanin...
Usés de partout et un peu cassés par des années de dur labeur, à 93 et 91 ans passés, ils leur faut bien de l'aide pour profiter toujours chez eux de leur petite retraite... Mais c'est encore leur bonheur, et celui de leur famille !
Bons citoyens, ils n'oublient pas de payer leur dû au Trésor Public. Mais s'ils ont découvert au fil des années l'eau courante et l'électricité à la maison, plus tard le téléphone public avant qu'il ne vienne se poser sur le coin du buffet, la télé d'une chaîne en noir et blanc au florilège éblouissant d'aujourd'hui avec BFMTV pour entretenir leurs angoisses, ils n'ont pas franchi le pas d'Internet... Ni smartphone ni tablette... Pas de profil Facebook ni de gazouillis sur Twitter... Leur réseau social se rétrécit avec l'âge qui en a tant vu disparaître de leurs vrais amis en chair en en os, mais le leur n'a toujours rien de virtuel autour de la table de la belote ou du café-brioche avec les voisins !
Or donc, ce couple de retraités s'acquitta en temps et en heure de ses taxes foncières avec un chèque bancaire que le la perception voisine accepta sans rien dire, sinon merci.
Or voici que le service lointain de Lille et son comptable public leur réclame le paiement d'une majoration pour n'avoir pas satisfait à une procédure de paiement dématérialisée...
Pénalité qu'on leur demande de régler dans les 30 jours, en ligne sur impots.gouv.fr ou par smartphone ou tablette...
Quant au montant, il est dit que la pénalité s'élève d'abord à 0,2% de la contribution (ce qui ferait dans le cas en question deux euros quarante centimes...), mais le guichetier de la taxe réclame un forfait minimal de 15 euros, ce qui correspondrait à un montant de taxe s'élevant à 7500 euros !

Bien sûr la loi est là, gravée dans les articles 1738.1 et 5, article 1681 sexies 2 du code général des impôts.
Et nul n'est censé ignorer la loi.

Personne ne doute d'ailleurs du bien fondé de toutes les écritures législatives au service des intentions du législateur ; pas plus qu'il ne faut douter de leur contrainte et nuisance appliquée au législaté dans notre nouveau monde en marche. 
Jadis la loi de la République pouvait être la garantie d'une protection des plus faibles en proie aux tyrannies des puissances politiques, religieuses, sociales ou économiques. Dans le nouveau monde, véritable révolution copernicienne; la hiérarchie des normes s'est inversée... Et la loi vient encadrer en garde-chiourme les écarts des manants dangereux depuis qu'ils sont passés du statut de "sans-dents" à celui "d'illettrés". Les lois Macron avant son ère présidentielles, et toutes les soupes législatives servies depuis n'ont eu de cesse de saigner les services publics au prétexte d'économies pour réduire le "déficit public" et de gratifier les plus riches de largesses supplémentaires avec la suppression de l'ISF, la flat-tax, le nouveau CICE, etc.
Le dématérialisation conduite à marche forcée pour désosser les services publics et les écraniser passe par là, on ferme les perceptions et on ouvre des "maisons de service au public"... Plus de professionnalité, ni de garantie d'un cadre statutaire... tout est dans "l'accompagnement" pour faire soi-même sa carte grise ou payer ses impôts... en ligne !
Le citoyen ne serait plus que numérique ; et bourrique qui ne l'est point !

Que viennent faire les 15 euros d'un vieux couple dans ce paysage ?

  1. Ils sont le signe d'une déshumanisation de la relation citoyenne au service de l'impôt (mélangé dans le dictionnaire macronien avec tout et n'importe quoi sous l'étiquette générique des "prélèvements"), si vous avez froid tapez un, si vous avez faim tapez deux, si vous avez compris revenez demain...
  2. Ils manifestent le peu de considération des décideurs, élus comme administratifs, pour la condition des gens les plus modestes pour qui 2,40 euros ne se confondent pas avec 15 et pour qui parler tablette fait penser chocolat.
  3. Ils manifestent le mépris des promoteurs d'un modernisme prétexte à de nouvelles humiliations et à l'asservissement des plus faibles dans un processus d'exclusion où il est aussi difficile de garder la fibre républicaine que d'être branché en fibre optique.

Combien sont-ils, les désobéissants à qui le comptable public réclame 15 euros ?
Combien de temps de travail est confisqué aux agents des centres des impôts qui sont pendus au téléphone pour répondre à ceux qui s'étonnent d'avoir reçu la missive punitive ?
Combien ça coûte en courrier postal ?
Et... combien ça va rapporter en regard du sur travail engendré quand les services consultés renvoient vers la trésorerie locale qui "va certainement arranger ça" en annulant la majoration...

A côté de ça, Carlos Ghosn se fait épingler au japon pour avoir peut être dissimulé la moitié de ses revenus au fisc... Mais ce n'est pas en France qu'il aurait pu faire ça ! parole de ministre des finances... Avec un salaire limité à un peu plus d'un million d'euros par mois on ne peut qu'avoir envie de servir le bien public !
A côté de ça, Bernard Arnault gagne à peu près un SMIC à la seconde pour être désormais 4ème fortune mondiale...
A côté de ça, le montant estimé de la fraude fiscale en France couvrirait l'ensemble des déficits publics...
... Si les services fiscaux étaient aussi efficaces qu'au recouvrement des pénalités pour défaut de dématérialisation chez nos Vieux pas encore tout à fait déshumanisés !




mardi 27 novembre 2018

En marche

Les gilets jaunes sont en marche... à leur façon autour des ronds-points, pour lever les barrières des péages, et parfois sur les ondes radio ou télé.
Et ce mouvement, dont l'importance pourrait dépasser l'ampleur, mobilise tous ce que le pays compte de commentateurs.
Alors ? Révolte ou Révolution ?
Pour l'instant, le mouvement ne se répand guère que dans les frontières du premier terme. Le mouvement qui se veut horizontal, sans maître ni guide, sous les seuls auspices de la propagation de sa vague sur les réseaux sociaux, affiche la bannière rassembleuse du "ras-le-bol" de la société des oubliés, 
Le pouvoir est en train de découvrir une nouvelle masse d'étrangers, une masse considérable qu'il ne considère pas, le grand tapis du peuple sur lequel il s'essuie les mocassins à pompons et qui désormais se révolte : contre la hausse des carburants, contre les taxes, leur multiplication et leur augmentation, contre le pouvoir en place, président et gouvernement confondus... mais aussi contre les institutions en générales, institutions politiques et organisation syndicales confondues...
Il est assez simple de voir ici la conjonction d'un ras-le-bol citoyen manifesté depuis longtemps et de plus en plus fort dans l'abstentionnisme et malheureusement récupéré par la démagogie d'une extrême droite à l’affût de tout ce qui peut faire basculer la démocratie.
Le mouvement des gilets jaunes souligne d'un lumière crue la fracture qui n'a de cesse de s'approfondir entre un peuple qui commence à prendre conscience de l'existence dans laquelle on le confine et une couche des élites républicaines qui ne le sont plus guère.
La situation du moment, transitoire par nécessité, débouchera sur quoi ?
Bien malin qui peut en préjuger aujourd'hui !
Pour l'instant deux mondes s'opposent, une base en mouvement et un sommet "en marche". Les uns comme les autres ont renié les organisations politiques et syndicales qui, avec d'autres structures, forment la colonne vertébrale de la démocratie représentative qu'est sensée être notre République. Et du coup leur dialogue est difficile.
Certains disaient parfois qu'en 1968, les syndicats avaient récupéré le mouvement pour l'achever... Mais ce sont bien les organisations syndicales représentatives qui étaient à la table des négociations Pour arracher les accords de Grenelle au gouvernement et au patronat réunis quand même !
Certains commentateurs trépignent aujourd'hui en entendant des manifestants réclamer la démission du Président de la République, la suppression du Sénat, de nouvelles élections, des référendums... en un mot une "nouvelle donne", comme si la contestation de l'ordre établi n'avait sa place que les jours d'élection...
C'est cette pierre d'achoppement qui est au cœur du débat ; la révolte d'aujourd'hui est bien nourrie des promesses non tenues, de "mon ennemi c'est la finance" au Bourget, à toutes celles de Macron en campagne en passant par la litanie des reniements de la gauche accumulés depuis 1983... depuis près de quarante ans la République divorce d'avec son peuple au point qu'aujourd'hui une opposition parlementaire ne sert plus à rien qu'au faire-valoir en contre-point des injonctions du monde de la finance relayées par l'homme de paille qu'il s'est choisi pour président. C'est tout au moins le ressenti des manifestants d'aujourd'hui.

Réduire le fait syndical en matraquant les organisations combatives pour mieux flatter les complaisantes...
Réduire le fait politique à la toute puissance présidentielle en asphyxiant le débat idéologique dans la bouillie centriste au point d'en confondre les deux bords...
Ce couvercle pesant sur la marmite est-il prêt à sauter ?
Peut-être.
Encore faudrait-il, pour que la révolte trouve une issue utile et bénéfique au peuple qui frémit, qu'un cadre idéologique trace les perspectives mobilisatrices du progrès social plutôt que l'embrigadement dans des ligues de factieux comme on le voit parfois ailleurs en Europe, ou comme on l'avait vu dans les années 30 avec la montée des fascismes et du nazisme...

Cette issue s'appelle Révolution ; elle n'a pas nécessairement la couleur ou le gout du sang, elle n'a que le bonheur et la paix à joindre à la devise républicaine pour en garantir les trois grands principes : liberté, égalité et fraternité.
Pour ça il va falloir réveiller les idées et celles et ceux qui les portent partout et en tous temps, et pas seulement à la veille des échéances électorales, et mettre des mots sur les choses comme nous sommes quelques uns à n'avoir jamais cessé de le faire sur les terrains de lutte du pouvoir d'achat, de s salaires, des retraites, des droits du travail, des services publics, de la fiscalité, des libertés, etc. etc. 

Révolution ? c'est un gros mot pour "ces gens là"... Leur président Macron aurait d'ailleurs été bien inspiré de souligner dans les célébrations du centenaire de l'armistice de 1918 le rôle déterminant qu'avait eu la Révolution allemande, renversant son empereur pour instituer la République le 9 septembre avant de mettre fin à la grande boucherie de la guerre mondiale deux jours plus tard... ça lui aurait épargné l'éloge d'un Pétain frappé d'indignité nationale et le passage en revue grotesque de "figurants poilus" déguisés bleu horizon...
Mais il est vrai qu'il avait aussi oublié de ponctuer son discours de "Vive la République" en restant sur un "Vive la France".





vendredi 23 novembre 2018

Bonne feuille

La lecture de l'Humanité ne manque pas d'éclairer l'actualité. Et, ce vendredi, la chronique de Pierre SERNA est ciselée de la plus belle manière pour traiter de la situation face à la crise dite des "gilets jaunes"...

jeudi 22 novembre 2018

le bal des débutants

Les gilets jaunes, pour beaucoup, sont en mouvement à la condition expresse que les syndicats et les politiques n'en soient pas. Ni droite, ni gauche... tout juste un peu à l'extrême droite comme Poujade en son temps. Et tout ça sur les réseaux sociaux, lieu emblématique de la démocratie horizontale...
La république dite en marche a usé et abusé du même modèle, ni droite, ni gauche sur l'affiche... ni gauche, ni gauche dans les faits...
Et ces deux mondes se retrouvent aujourd'hui face à face, les uns en grande souffrance dans les couches sociales les plus matraquées par les politiques libérales consécutives au virage à droite des socialistes en 1983, les autres enfants gâtés des couches les plus épargnées des crises et qui s'imaginent qu'ils n'ont rien à apprendre pour mettre le monde à leur mesure, un univers d'esclaves du fric, les uns pour en manquer beaucoup, et les autres pour en avoir trop.

mardi 20 novembre 2018

Gilet d'humour



Guillaume Meurice fait de l'humour pédagogique, et ça aide à saisir quelques grosses ficelles du mouvement dit "des gilets jaunes".
Il serait aussi un peu niais de réduire ce mouvement aux gesticulations de l'extrême droite, car si la cote de sympathie du président n'est plus au beau fixe que chez un français sur 5 ou 6, il serait bien excessif de croire que 75% des français sont nostalgique de la cagoule et du pétainisme réunis.
Mais il ne faut pas non plus oublier que le fascisme, outre l'arrivée en force comme au Chili sous les auspices des USA qui avaient installé Pinochet, s'installe au carrefour des intérêts des grands possédants et du désespoir d'une population asphyxiée par une rigueur de crise économique, sociale, politique et morale.

L'histoire ne se répète guère ; mais il arrive qu'elle bégaie.

Hitler s'est installé dans les draps de la république allemande. Comment est-il arrivé au pouvoir en 1933, cette période d'entre-deux guerres à laquelle le président Macron comparait récemment la situation d'aujourd'hui ?
La révolution allemande avait précipité la fin de la grande boucherie de 14-18 avec la proclamation de la République le 9 novembre 1918, deux jours avant que ne soit signé l'Armistice mettant fin aux combats sur le front franco-allemand.
Dés août 1919 le mouvement spartakiste à Berlin et la Républiques des Conseils de Bavière étaient effacés par la répression anti-communiste qui voulait à tout prix éviter la contamination de la révolution soviétique(tout comme le gouvernement Français qui envoya l'armée française soutenir les Russes blancs dans le grand nord ou sur le front d'Orient). Une fois la République de Weimar installée avec les socialistes alliés aux conservateurs et aux nationalistes, et jusqu'à mettre un monarchiste, Hindenburg à la présidence de la République en  mars 1932.
Le Parti socialiste allemand avait refusé de proposer un candidat commun avec le Parti communiste et avait soutenu le candidat de droite, Hindenburg, au prétexte de battre Hitler.
Dans cette période l'Allemagne eut d'abord à surmonter les extrêmes difficultés consécutives aux clauses du Traité de Versailles qu'ils vivent comme une humiliation, puis les dégâts de la crise économique de 1929 qui va finir, d'une guerre à l'autre, de mettre l'Europe à genoux pour consacrer plus tard la suprématie américaine...
Le 30 janvier 1933, Le président Hindenburg nomme Hitler Premier ministre sur la proposition du parti nazi qu'il dirige. 

Dans cette démarche prônant le moindre mal les allemands avaient eu Hitler neuf mois plus tard, ET une guerre 6 ans après qui aura fait 70 millions de victimes...

Gilet jaune sur chemise noires, brandir l’épouvantail de l'extrême droite a-t-il jamais suffi à éradiquer le risque du fascisme ?

Pour plus de détail un article d'Erwig Lerouge publié par l'INEM  (Institut d'études marxiste de Belgique) ne manque pas d'intérêt.


lundi 19 novembre 2018

Législative partielle

Pour être partielle, l'élection législative destinée au remplacement de Manuel Valls dans sa circonscription de l'Essonne est effectivement partielle :
moins d'un électeur sur 5 a jugé bon de marcher jusqu'aux urnes...
... et encore les 18% d'électeurs qui ont voté ont dû répartir leurs suffrages entre 11 candidats !
Au soir du premier tour le maire d'Evry qui avait succédé à Manuel Valls et candidat de la majorité présidentielle arrive en tête à peine 30% des voix, moins de 6 électeurs sur 100 ont glissé son bulletin dans l'urne.
... Et ça ne rend pas glorieuse la performance de celles et ceux qui suivent :
un peu plus de 3 pour la candidate de la France Insoumise
2 pour les écologistes
1,7 pour les communistes
...
Le monde de l'abstention ne goûte guère au confort feutré des velours rouges de la République ; le peuple de France est depuis longtemps partagée entre ceux qui continuent de jouer le jeu -de moins en moins nombreux- et ceux qui s'en sont détournés, d'abord spectateurs, puis indifférents le dos tourné, insensibles à tous les changements d'étiquettes de la soupe de plus en plus indigeste qu'on leur sert.
Et aujourd'hui, affublés de gilets jaunes, ils trépignent en criant leur colère à la figure des institutions qu'ils ne reconnaissent pas.
A-t-on jamais gagné un match en vociférant derrière la main-courante ?
A-t-on jamais gagné un match en envahissant le terrain ?
A-t-on jamais gagné un match autrement qu'en jouant ?

Sauf que la démocratie républicaine n'est ni un jeu, ni un spectacle ; elle fut conquise -là où elle est établie- au termes de lutte parfois bien longues et souvent difficiles pour que les peuples acquièrent le droit de se gouverner librement...

Mais il est vrai qu'en politique aujourd'hui, comme dans les sports les plus gangrenés, la "professionnalisation" et le fric confondus ont changé la donne... Le grand mercato transfère Valls de l'Hôtel Matignon à la mairie de Barcelone en repassant par l'assemblée nationale... Comme Moscovici à la commission européenne, Strauss Khan à l'hôtel, certains par la présomption d'innocence;;; et jusque dans la France profonde de nos plus petits villages, l’honnêteté et le désintéressement ne sont plus vertus majeures pour qui prétend s'occuper de la chose publique.

Elections législatives partielles, gilets jaunes, autisme gouvernemental ne sont jamais que quelques symptômes du même mal profond qui ronge la démocratie française au point de la menacer d'asphyxie : la soumission totale de la puissance publique aux intérêts particuliers du monde de la finance, ça peut s'appeler libéralisme ou ultralibéralisme, ce n'est jamais que du capitalisme.
Pour le reconnaître, rien de bien compliqué, il suffit d'observer l'intensité du transfert des richesses produites du monde de ses producteurs vers celui de ses profiteurs. Si les premiers sont riches de leur nombre, les seconds savent qu'on réussi toujours à prendre un peu à ceux qui n'ont rien pour faire beaucoup...
Quelques villes des Etats Unis acceptent de payer AMAZON pour que l'entreprise s'installe sur leur territoire : 3 milliards à New-York, 2,5 milliards à Crystal-City. La promesse de créer 50 000 emplois, si tant est qu'elle est tenue, fait payer par les contribuables une prime de plus de 100 000 dollars par emploi... Pour un sous-traitant d'APPLE le Wisconsin avait déboursé plus de 200 000 dollars par poste...
A la petite échelle de la France les cadeaux aux entreprises privées, dont on a vérifié depuis bien longtemps qu'ils remplissent plus surement les poches des actionnaires que les caddies des employés, ne cessent de croître, en pure perte pour la masse des travailleurs et en gain juteux pour la poignée de milliardaires qui en profitent.
A la toute petite échelle d'un département les dizaines de milliers d'euros de bourses offerts aux étudiants en médecine avant qu'ils ne viennent installer leur activité libérale dans des maisons médicales construites aux frais des contribuables ne les incitent même pas à la pudeur quand ils justifient la nécessité de l'aide publique pour pouvoir "s'acheter une imprimante ou un ordinateur"...
Que n'en fait-on pas autant pour attirer et fidéliser des enseignants dans nos campagnes ou pour... la liste est trop longue.

Si les abstentionnistes d'Evry ou les gilets jaunes des ronds-points en sont arrivés à réclamer moins d’impôts ou de taxes, ce qui est une hérésie dans une démocratie développée, c'est qu'ils n'ont pas compris que ce n'est pas le prélèvement fiscal qui est à mettre en cause, mais l'usage de sa collecte en même temps que son assiette.

Elire le promoteur de moins d'ISF ne pouvait qu'allonger la queue aux Restos du cœur, à Evry comme ailleurs.





samedi 17 novembre 2018

Lettre ouverte


Aussi bien le président Macron que son gouvernement ne parlent d'ailleurs plus de "retraités" mais uniquement des "âgés" et de leur perte d'autonomie... le temps de la retraite suivant la période d'activité ne serait plus pour eux que celui d'une forme de maladie évolutive dont chacun devra se prémunir à la mesure de ses moyens.
Il est vrai que pour être "en marche", ils étaient nés avant leur grand mère ; ceci explique cela.

Le "Groupe des 9", organisations des retraités, CGT, FO, CFTC, CFE CGC, FSU, Solidaires, FGR FP,, LSR, Ensemble et Solidaires, ont essuyé le refus du président de la République et du gouvernement de les recevoir pour discuter des revendications des retraités.
Ils adressent cette lettre ouverte au président du groupe parlementaire des élus macroniens.


Montreuil le 5 novembre 2018



M. Gilles Le Gendre

Président du groupe La République en Marche





Monsieur le Président du groupe de la République en Marche,



Nos organisations ont demandé par courrier du 10 septembre à vous rencontrer le 3 octobre afin de vous remettre les 250 000 pétitions de retraités protestant contre la hausse de la CSG. On nous a fait savoir que vous n’aviez pas reçu cette demande. Faute de réponse, nous nous sommes adressés à votre assistant parlementaire, à qui nous avons renvoyé le courrier. A ce jour, nous restons sans réponse.

Une grande majorité de retraités a la conviction que, de réforme en réforme, ce gouvernement et la majorité parlementaire ont fait un choix inique, celui d’appauvrir l’ensemble des retraités et de mettre en cause la retraite comme un droit acquis par des années de cotisations.

Jamais le divorce des retraités avec un gouvernement n’a été aussi fort. Pour preuve, l’importance du nombre de syndicats, et associations ayant appelé à la journée d’action des retraités du 18 octobre. Jamais autant d’associations de retraités n’ont relayé la journée nationale d’action organisée par nos 9 organisations pour appeler leurs adhérents à participer aux différentes mobilisations. Cela allait des syndicats de retraités aux organisations agricoles ou associations d’artisans et commerçants retraités. Elles représentaient ainsi des centaines de milliers de retraités.

Nous ne comprenons pas que le gouvernement et votre groupe parlementaire restent sourds face à cette colère.

Dans notre lettre du 10 septembre, nous vous rappelions tout ce que les retraités ont subi :

  • Le 0,5 % de la CRDS. 
  • Le 0,3 % de la CASA. 
  • La suppression de la 1/2 part fiscale pour les personnes vivant seules ayant élevé au moins un enfant. 
  • La fiscalisation de la majoration familiale de pension. 
  • Plusieurs années de gel des pensions. 
  • L’augmentation de la CSG de 1,7 point au 1er janvier 2018 pour la majorité des retraité-e-s. Contrairement à vos propos, seul un petit nombre de retraités seront exemptés à partir de 2019 de la hausse de la CSG. 
  • Le report de la revalorisation des pensions de base du 1° octobre au 1° janvier. Cette revalorisation aurait dû intervenir au 1er octobre. Ainsi le gouvernement a supprimé cette augmentation pour les trois derniers mois de 2018, abaissant un peu plus le pouvoir d’achat des retraité-e-s. 
  • Le journal « Les Echos » évalue à 380 millions, l’économie sur ce dernier trimestre. Depuis 2009, ces « nantis » de retraités ont perdu un an de revalorisation, soit plus de 1,5 milliard € pour les 4 trimestres de 2018 ! 
  • L’annonce des 0,3% de revalorisation des pensions pour 2019 et 2020, inférieures à l’inflation officiellement établie à 1,6%, bafouant les mesures gouvernementales antérieures. 
  • Par ailleurs, ils appréhendent les conséquences du « Reste à charge zéro ». 
  • Autre découverte : l’augmentation des mutuelles due au désengagement de la Sécurité Sociale. 
  • Nous avons également toutes les raisons d’être inquiets de ce que sera le PLFSS 2019. 

Le Premier Ministre transforme des millions de retraités en variable d’ajustement budgétaire ! C’est le marché qui décide. Nos organisations constatent que les retraités perdront 1/3 d’un mois de pension en 2018, 1/2 mois en 2019 et 2/3 de mois en 2020, de plus en plus chaque année.

Plus d'un million de retraités ont un revenu inférieur à 1 000 euros par mois. Nous ne comprenons pas qu’on puisse laisser dire qu’il est normal que les retraités participent à l’augmentation du pouvoir d’achat des salariés, ils voient bien que le développement de la pauvreté des retraités, ne remédie pas à la faiblesse du pouvoir d’achat des salariés, ou à l’ampleur du chômage. Elle ne profite qu’aux plus riches, sans résultat positif pour l’économie du pays. L’injustice est flagrante.

Et, bien qu’on les assure que la future réforme des retraites ne concernera pas les retraités, ils voient mal comment la transformation en un régime universel par point pourrait ne pas avoir d’impact sur la valeur de service des points acquis. Et la future réforme aura bien un impact sur les pensions de réversion à venir faute de savoir dans quelles conditions se ferait leur liquidation.

C'est aussi une nouvelle bombe lancée par le gouvernement contre la Sécurité sociale : après la menace de la suppression de la Sécurité sociale dans la Constitution, cette fois, Emmanuel Macron souhaite mettre fin au principe défini par l'article L. 131-7 du Code de la Sécurité sociale, selon lequel l'Etat se doit de compenser à la Sécurité sociale toute perte de recettes que lui occasionnerait une décision prise par l'exécutif. Une première depuis la création de la Sécurité sociale.

Parvenant avec mal à rencontrer les députés dans les circonscriptions, beaucoup de retraités sont ulcérés des propos tenus par nombre de vos collègues, par leur mépris déclaré ou même leur ignorance de la situation de millions de retraités.

L’augmentation de la CSG, comme l’annonce de désindexer les pensions avec les 0,3% de revalorisation ont été le détonateur qui a fait exploser la colère des retraités, dont près de 300 000 ont signé les pétitions qui ont été remises ce 3 octobre au Premier ministre.

En conséquence, nous réitérons notre demande d’une entrevue, pour faire suite à vos propos, dimanche 28 sur France Inter sur : « la capacité d’écoute du Président de la République et du Premier Ministre est absolument incomparable ».

Dans l’attente d’une réponse positive à notre demande d’entrevue, recevez, Monsieur le Président, nos salutations les plus respectueuses.



Pour nos organisations,

Olivier JOUCHTER secrétaire général adjoint UCR-CGT


  • François Thiéry-Cherrier secrétaire général (UCR-CGT, 263 rue de Paris, 93515 Montreuil cedex) 
  • Didier Hotte (UCR-FO, 141 avenue du Maine, 75680 Paris cedex 14) 
  • Jacqueline Valli (UNAR-CFTC, 128 avenue Jean Jaurès, 93697 Pantin cedex) 
  • Daniel Delabarre (UNIR CFE-CGC, 59 rue du Rocher, 75008 Paris) 
  • Marylène Cahouet (FSU, 104 rue Romain-Rolland, 93260 Les Lilas) 
  • Gérard Gourguechon (UNIRS-Solidaires, 31 rue de la Grange aux Belles - 75 010 Paris) 
  • Michel Salingue (FGR-FP, 20 rue Vignon, 75009 Paris) 
  • Francisco Garcia (Ensemble & Solidaires - UNRPA, 47 bis rue Kléber, 93400 St Ouen) 
  • Michel Deniault (LSR, 263, rue de Paris, 93515 Montreuil)
Dans l'Allier les retraités de l'agriculture de l'ex FDSEA sont aussi partie prenante du "groupe des 9".

Gilets Jaunes ou carton rouge


Après des semaines de matraquage intensif de l'initiative des gilets jaunes dans tous les médias, il serait dommage que cette mobilisation déçoive dans son ampleur.
Les deux journées de mobilisation des 9 et 18 octobre derniers, interprofessionnelle pour l'une et spécifique aux retraités pour l'autre, n'avaient pas bénéficié d'une telle promotion... pas plus d'ailleurs que de compte-rendu explicatif des intentions des manifestants d'alors !
Pour que le mouvement social, tout comme la vie politique, ne soient pas réduits à des jeux de cour de récréation qui s'achèvent au coup sifflet du gouvernement, peut-être  faudrait-il autre chose que les gesticulations de celles et ceux qui prennent soudain conscience qu'ils n'ont pas fait leur travail de mobilisation sur des bases idéologiques claires qui suscite le débat plus que le commentaire.

Si la mobilisation "spontanée" d'aujourd'hui devait servir d'initiation formatrice à une prise de conscience citoyenne, les gilets jaunes pourraient effectivement se retrouver dans les rues comme dans les urnes avec celles et ceux qui, depuis des décennies n'ont de cesse de combattre les effets catastrophiques des politiques libérales conduites par la droite ou la gauche réformiste... et du coup nous y serions beaucoup plus nombreux et exigeants pour obtenir de meilleurs salaires, un meilleur niveau des pensions et des retraites, une révision radicale des politiques fiscales pour assurer une redistribution juste de la richesse produite aujourd'hui accaparée par une petite poignée d'ultra-riches...
Il faut payer des impôts pour que la puissance publique assure sa mission première en démocratie de protection des plus faibles ; encore faut-ils que la fiscalité soit juste et que la contribution de chacun soit proportionnelle à ses capacités...
Le pays a besoin de plus d'enseignants, plus d'infirmières et d'aides soignantes, plus de personnels de justice, de meilleures routes et de plus de trains, de plus de services publics présents sur tout le territoire...
Et accessoirement, si l'ISF n'avait pas été supprimée, les milliards qui ont été rendus aux comptes des milliardaires, l'argent public dilapidé dans le CICE... Tous ces milliards auraient peut être pu être utilisés pour soulager la misère et rendre le pays un peu moins invivable !
Sans jamais s'interroger sur les causes réelles du mal il n'est guère de guérison possible, tout au plus les soins palliatifs à la poudre de perlimpinpin ou les belles prières d'une cohorte de fidèles agenouillés autour des rond-points pour quémander l'indulgence gouvernementale.
De la négation d'organisation, qu'elle soit politique ou syndicale, ne peut sortir qu'une poussée de l'extrême droite qui ne manque pas d'en profiter.
Ma très ancienne expérience de 1968 m'avait enseigné qu'il n'était pas facile de monter dans un train en marche;;; et qu'il était aussi compliqué d'arriver à destination sans savoir d'où l'on part.

vendredi 9 novembre 2018

La République de la honte

Ce billet paru hier dans l'Humanité éclaire d'un jour cruel la descente aux enfers de la République y entraînant jusqu'à son école. Il y a deux ou trois jours on apprenait la nomination d'un gendarme en poste de chef d'établissement adjoint au prétexte de la sécurité... Ou encore les médias se faisaient l'écho de la référence du chef de l'Etat à la gloire de Pétain...

Quand le gouvernement va-t-il lancer le grand concours de "rénovation" de la devise républicaine sur les réseaux sociaux pour parfaire un modèle de la honte que dessinaient déjà des recruteurs de foot en faisant le tri dans leurs caniveaux du fric confondus : blanc, gris, noir.
Tout aussi indigne que la récupération de l'image de Guy Mocquet par Sarkozy, le geste de Macron pour la famille de Maurice Audin ne saurait masquer des gesticulations insensées oublieuses de l'histoire et irrespectueuse de ses acteurs mêlés sans discernement dans un passé embrouillé.

Il ne reste plus guère qu'une révolution pour redonner l'honneur de ses couleurs à la République, du bleu, du blanc  et du rouge, de la fierté de tout l'arc-en-ciel !


mardi 30 octobre 2018

Tombe la neige...

Encore un marronnier, comme chaque année un épisode neigeux déclenche une catastrophe, naufragés de la route, camions en rade, automobilistes en rade, trains en rade, électricité en rade...
Nous n'allons pas tarder à réclamer une accélération du réchauffement climatique qui nous épargne les rigueurs de l'hiver...
Or, même les statistiques témoignent de la diminution des rigueurs hivernales, longues périodes de gel, enneigement durable et important...
Moins la nature nous presse sur ce plan et plus nous en serions victimes ! N'y a-t-il pas là un paradoxe curieux ?
Vive le "tout camion" et l'encombrement des axes routiers avec les poids-lourds !
Vive le "tout-TGV" et la privatisation du fret ferroviaire  avec son lot d'abandons dans l'entretien des lignes et de leur environnement !
Vive le moins d'Etat qui a transféré aux départements la quasi totalité des route jadis "nationales" tout en les pressant d'autres dépenses qui conduisent à la dégradation des moyens et des services dans l'entretien et la viabilisation des réseaux !
Vive la libéralisation du marché de l'énergie... 

  1. Alterna
  2. Antargaz
  3. Butagaz
  4. Cdiscount Energie
  5. Direct Energie
  6. DYNEFF GAZ
  7. EDF
  8. ekWateur
  9. élecocité
  10. Électricité de Provence
  11. Enercoop
  12. énergies du Santerre
  13. ENERGIES LECLERC
  14. ENGIE
  15. Eni
  16. GAZ DE BORDEAUX
  17. GEG Source d'Energies
  18. Greenyellow
  19. ilek
  20. Lucia
  21. Mint Energie
  22. Ohm Energie
  23. Planète OUI
  24. Plüm Energie
  25. Proxelia
  26. SELIA
  27. Sowee
  28. TOTAL SPRING
  29. Urban Solar Energy
  30. VATTENFALL

Mais un jour comme aujourd'hui quand les lignes sont par terre faute d'avoir assuré un nécessaire élagage, est-ce que ce sont les techniciens de Cdiscount Energie ou de ENERGIES LECLERC qui vont arriver à pieds dans la neige et la nuit pour rétablir l'alimentation électrique ?
Vive donc la concurrence, le tout marché et le moins d'Etat... 
Car comme chacun sait, depuis la libéralisation du secteur du téléphone, plus personne ne se plaint d'avoir un réseau pourri pour des citoyens de seconde zone lorsque leur service n'est pas assez profitable...
Car personne ne se plaint d'un service postal complètement déglingué à force d'élimination des agents statutaires et du recours à des contractuels exploitables et jetables à merci....
Car personne ne se plaint jamais du foutoir des tarifs voyageur ferroviaire aussi imprévisibles que les horaires d'arrivée...
Car personne ne se plaint  de la dégradation du service public de santé quand les hôpitaux paient plus de mille euros par jour les médecins intérimaires pour remplacer ceux qui manquent à leur effectif... 

La neige n'y est pour rien ! Certes, mais par contre si sa fréquentation en période hivernale devient de plus en plus problématique en dehors des pompes à fric des stations de sports d'hiver, n'est-ce pas parce que le dogme libéral du tout marché zéro service public prive les citoyens de ce que la puissance publique leur doit pour garantir sécurité et liberté de circulation dans une une République indivisible, laïque, démocratique et sociale.
principes fondamentaux reconnus par les lois de la République.

... avec, parmi ses principes fondamentaux, l'affirmation que "Tout bien, toute entreprise, dont l'exploitation a ou acquiert les caractères d'un service public national ou d'un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité"
La qualité de l'air qu'on respire, l'eau, la terre nourricière ou le feu de l'énergie ne seraient-ils pas par nécessité vitale l'essence même de la propriété collective et socialisée pour que le peuple ne soit plus asservi au seul appétit de profit de ses supposés maîtres.
C'est toujours aux racines de cette émancipation que germe le communisme, une perspective d'une brûlante actualité quand les maîtres de la finance mondialisée sont en train de parachever la destruction de la planète et de réduire les peuples à la misère quand ils ne les font pas s'étriper pour quelques bondieuseries.

Passe la neige, et vivement le printemps des peuples.

dimanche 28 octobre 2018

La SECU en soins palliatifs

Une fois de plus les orientations budgétaires asservies à une politique toute entière tournée vers le profit capitaliste au détriment de la grande majorité du peuple s'éloignent des besoins réels pour dégrader encore plus la vie du plus grand nombre et détricoter les liens sociaux.
Les discours ne suffisent plus.
Depuis le temps qu'on le dit... mais une poignée de députés portés de bonnes intentions ne suffit pas à faire mettre le genou à terre à celles et ceux qui cassent de la sécu comme ils respirent. Droite et patronat bien servis par le petit commis des banques et tout naturellement revanchards de l'après-guerre, comme de soit-disant socialistes qui depuis 1983 roulent à droite, voire même souvent sur l’accotement. sont bien réunis dans le gang de tontons flingueurs de Macron.
La clé de la résistance à la poursuite de ces projets mortifères pour le modèle social français comme pour sa démocratie n'est pas seulement dans les urnes ; il est aussi dans la vie, dans un travail militant de conviction et de mobilisation, dans une reconquête idéologique d'ampleur. Cela suppose que les organisations, qu'elles soient politiques ou syndicales, renouent avec leur base après dans une petite révolution copernicienne qui redonne sa valeur primordiale à la masse et remette les élus à leur place, porteur des orientations et non gourous de sectes qui n'ont de cesse de s'éclater et de se rétrécir.
Ce changement de paradigme sera-t-il bientôt... pour demain ?

Un discours intéressant à la tribune de l'Assemblée nationale... Pierre Dharreville défend la motion de renvoi déposé par le groupe CRC face au projet de loi de financement de la Sécurité Sociale

"Au fond, il n’y a qu’une seule raison pour laquelle ce budget doit être rejeté : il ne répond pas aux enjeux ; il ne permet pas de faire face aux besoins de santé et de protection sociale du pays ; il est complémentaire d’un projet de loi de finances injuste, qui reste dans la matrice libérale à laquelle la majorité nous a habitués.
Chaque année, ce budget est plus insupportable que le précédent parce que, chaque année, on y intègre de nouvelles économies, qui viennent encore retrancher aux précédentes. C’est un projet de loi de sous-financement de la sécurité sociale. Sa raison d’être, depuis vingt-deux ans, c’est inlassablement de borner, de réduire, de rabougrir, de rétrécir, de resserrer, de presser, de compresser, de contracter, de compacter, de zipper – je vous donne des variations possibles pour changer un peu car nous avons beaucoup trop entendu le disque « Maîtriser les dépenses » : cela ne fait plus rêver depuis longtemps !
Si encore on ne réservait ce sort qu’à des chiffres dans un tableau, ce serait une chose, mais derrière, il y a des femmes, des hommes, des vies ! Derrière, il y a notre santé, nos allocations en cas de chômage, d’accident du travail ou de maladie professionnelle, nos allocations familiales, nos retraites ! Derrière, il y a la possibilité pour chacune et chacun de faire face aux risques de l’existence ; il y a la grande idée de la sécurité sociale, patiemment et obstinément construite depuis la fin du XIXe siècle ; il y a l’avenir d’une société civilisée qui refuse de laisser chacune, chacun, abandonné à son propre sort.
C’est la sécurité sociale qui a été le meilleur instrument de lutte contre la misère, contre les vies sinistrées. C’est la sécurité sociale qui a amorti les crises. C’est elle qui a limité les inégalités, réduit la précarité du mieux qu’elle le pouvait, arraché une part des richesses produites par le travail au portefeuille des grands propriétaires. Elle n’a pas été faite pour « donner plus à ceux qui ont moins » mais pour faire contribuer « chacun selon ses moyens », pour donner à « chacun selon ses besoins ». Elle a inventé un mécanisme concret d’égalité et de partage, qui n’a rien à voir avec la charité des dames patronnesses ou avec l’aumône que l’on se dispense entre nécessiteux. Certes, elle n’a pas aboli le capitalisme mais elle l’a sévèrement contré et contrarié, plantée là comme en son cœur. Pensez ! Une telle somme d’argent, soustraite aux mécanismes du marché, mutualisée, vouée à établir des droits solidaires !
C’est une idée qui vient de loin, la sécurité sociale : la Constitution de 1793 proclamait que « la société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler ». Le programme du Conseil national de la Résistance exigeait « un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail ». Il ne disait pas cela au hasard mais parce que c’était l’antidote face aux monstruosités enfantées par l’humanité au cœur de la crise des années 1930. C’était quelque chose, comme réforme ! C’était quelque chose, comme ambition sociale, dans une société prête à s’enthousiasmer pour un grand dessein ! François Billoux, ministre de la santé, et Ambroise Croizat, ministre du travail, s’attelèrent à la tâche dès 1945, pour que naisse la sécurité sociale, pour mettre l’homme à l’abri du besoin, disaient-ils avec les mots d’alors, pour en finir avec l’angoisse du lendemain, la souffrance et l’exclusion. Je n’invoque pas ici quelque mythologie passée : cela s’appelle l’invention sociale.
Croyez-vous que tout cela ait disparu, que l’on puisse aujourd’hui réduire la voilure ? Les chiffres montrent le contraire. Une enquête de la DREES parue en septembre révèle que 1,4 million de Français, âgés de 53 à 69 ans, ne perçoivent ni revenus d’activité, ni pension de retraite, tandis que la pauvreté touche 11 % des seniors, les femmes en plus grand nombre que les hommes.
Dans une enquête rendue publique par le Secours populaire ces derniers jours, 47 % des jeunes interrogés déclarent rencontrer des difficultés financières pour accéder à des activités culturelles et de loisirs, 46 % pour se procurer une alimentation saine et équilibrée et 48 % pour s’acheter des vêtements convenables. Environ un tiers d’entre eux disent aussi avoir des problèmes financiers pour payer certains actes médicaux ou pour régler leur loyer. Ces difficultés concernent plus les jeunes femmes que les jeunes hommes.
Il y a besoin de toute la puissance de la sécurité sociale pour faire face aux dévastations que produit la financiarisation forcenée de l’économie, pour tirer toute la société vers le haut. Mais une idée s’est insinuée, émanant de quelques étroits cénacles : la sécurité sociale coûterait trop cher. La sécurité sociale serait trop dépensière. La sécurité sociale vivrait au-dessus de nos moyens. J’en connais qui vivent au-dessus de nos moyens, et je n’y aurais pas classé la sécurité sociale ! Ainsi était-il besoin de pérenniser, l’année dernière, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, intégré sous forme d’exonération de cotisations sociales patronales, et de faire de 2019 une année qui compte double, à 42 milliards d’euros, soit 1,8 point de PIB, soit un allégement de six points de cotisations patronales d’assurance maladie ? Ainsi, était-il besoin d’inventer de nouveaux allégements de cotisations sur les bas salaires ? Au total, le montant des exonérations atteint 71 milliards d’euros en 2019, contre 46 milliards en 2017, soit une augmentation de 150 % pour des effets dont les études montrent qu’ils sont indigents.
Par ailleurs, remettant en cause le principe édicté en 1994 de la compensation intégrale des exonérations de cotisations sociales, vous commencez à l’enfreindre à hauteur de 1,5 milliard d’euros cette année. Cela porte un nom : cela s’appelle du siphonnage. Jusqu’où remplirez-vous le bidon percé des cadeaux que vous consentez, de l’autre côté, aux ultrariches, tandis que vous passez les services publics à la moulinette ?
Enfin, vous n’affichez aucune intention d’aller chercher avec les dents les 25 milliards d’euros que coûte la fraude aux cotisations sociales patronales. Pire, vous allégez les sanctions frappant le travail dissimulé. Vous contribuez donc à assécher les finances de la sécurité sociale et à priver celle-ci des moyens d’agir, à hauteur de 5,7 milliards d’euros cette année.
Tel est bien le principe de l’objectif national de dépenses de l’assurance maladie, l’ONDAM, qui porte bien son nom : « On dame ». Cette année, 3,8 milliards d’euros d’économies sont imposés à son évolution tendancielle. Cette somme permettrait, si elle était conservée, de maintenir le système au même niveau – déjà critique – que celui de l’an dernier.
Naturellement, vous mettrez en avant un léger desserrement des perspectives d’augmentation de l’ONDAM, fixées à 2,5 % au lieu de 2,3 % l’an dernier. Elles demeurent pourtant bien en-deçà des 4,5 % nécessaires au maintien du système. Au demeurant, si nous avions eu l’impudence de croire à un desserrement progressif, il n’en est rien. D’ores et déjà, le retour à une augmentation de 2,3 % est annoncé pour l’année prochaine.
À cet objectif, il conviendrait d’en adjoindre deux autres, si l’on voulait penser les choses autrement : l’ONMDEC – objectif national maximum de dépenses en exonérations de cotisations – et l’ONRAM – objectif national de ressources pour l’assurance maladie. (Rires et applaudissements sur les bancs du groupe GDR.– M. Ruffin applaudit également.)
Monsieur le ministre, madame la ministre, vous qui voulez maîtriser les dépenses, que n’évoquez-vous la maîtrise des ressources, lesquelles sont ainsi dilapidées, aggravant la dette sociale tout en faisant défaut au bien public ? Vos mesures contribuent à priver la sécurité sociale de moyens.
Ce faisant, vous créez les conditions d’une incapacité à honorer la promesse républicaine inscrite dans le Préambule de la Constitution de 1946, dont le premier alinéa dispose que « tout être humain […] possède des droits inaliénables et sacrés ». On y lit également, à l’alinéa 10, que « La Nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement » et à l’alinéa 11 que celle-ci « […] garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs ».
Chaque année, nous sommes placés dans le tambour d’une machine à laver dont l’eau est trop chaude, sans jamais en tirer les leçons. Or, année après année, cette constante dessine un projet, celui d’une sécurité sociale transmutée en caisse de secours et d’assistance, réduite au point de tendre vers un socle minimum d’allocations en vertu duquel trop de prestations sont toujours plus conditionnées, et in fine vers une sorte de dispensaire social dérapant d’une logique de droits à une logique d’octroi, opposant la solidarité envers les plus fragiles aux droits pour toutes et pour tous et affaiblissant notre capacité à faire société.
Cette évolution s’inscrit dans la droite ligne de la critique d’une prétendue « société des statuts », selon la formule du Président de la République, ainsi que du choix des droits réels contre les droits formels et du renoncement indéfendable consistant à opposer de petits droits réels à de grands droits formels, tout en ménageant des espaces à ceux qui peuvent s’offrir mieux parce qu’ils le valent bien. Des démarches de contournement sont amorcées en vue de restituer au marché une part de ce qui lui échappe depuis trop longtemps.
Il faut reconnaître que la montée en puissance de la sécurité sociale a été stoppée bien avant votre arrivée. Il faut également reconnaître que vous ne faites que poursuivre ce qui a été entamé avant. Le vernis « libérer, protéger, unir », mauvaise déclinaison de la devise républicaine qui aboutit à dégrader celle-ci dans le concret de l’existence, ne suffit pas à masquer cette philosophie, laquelle transforme profondément notre matrice sociale.
En effet, ce ne sont pas uniquement les ressources de la sécurité sociale que vous asséchez, mais aussi sa sève fondatrice. La fin de la cotisation est en germe dans vos orientations. Vous la justifiez par la volonté – invérifiable – d’augmenter le pouvoir d’achat immédiat. La cotisation permet pourtant d’articuler les temps de la vie, l’urgence et les jours lointains, les besoins des uns à ceux des autres, les accidents et les âges passants, et l’assuré à l’organisme de sécurité sociale, lequel lui appartient en partage avec ses semblables. Elle aurait pu être l’instrument d’une universalisation accrue des dispositifs de sécurité sociale et d’une redistribution renforcée des richesses au profit de nos concitoyennes et concitoyens.
Au contraire, vos promesses d’universalité demeurent ensablées dans une logique purement comptable. L’étatisation et la fiscalisation progressive de notre plus grande institution sociale et solidaire, que vous entendez renforcer demain en organisant la fongibilité des budgets respectifs de l’État et de la sécurité sociale, n’est pas assortie d’une véritable promesse de progrès, au contraire. Elle est le levier servant à demander de nouveaux sacrifices sur les pensions, les allocations et le système de santé.
Toutefois, je salue deux intuitions méritoires. Le reste à charge zéro s’inspire d’une bonne idée. En effet, les prothèses dentaires, optiques et auditives sont inabordables pour trop de nos concitoyens, en raison du faible taux de leur remboursement par la sécurité sociale et de tarifs prohibitifs – et le marché a pris ses aises. Il faut espérer que ces mesures n’auront pas d’incidence sur ce qui sera exclu du panier de soins de base que vous avez défini, car il existe un risque de report.
Par ailleurs, le renoncement aux soins ne s’arrête pas là. L’orthodontie, par exemple, fait partie de ces soins auxquels trop d’entre nous renoncent, avec les conséquences qui en résultent sur la santé bucco-dentaire et sur la santé tout court. Citons également les médicaments déremboursés au fil des ans, la participation financière exigée pour les journées d’hospitalisation et même pour les consultations, la faiblesse du tiers-payant et le coût des complémentaires santé, auquel s’ajoute celui des surcomplémentaires, dans un secteur devenu un marché où des actionnaires viennent réaliser des plus-values, et ce sans compter les frais annexes !
Il faudrait amorcer un mouvement profond menant à une véritable prise en charge à 100 %. Nous plaidons pour que la sécurité sociale ne décroisse pas. Je rappelle en passant que vous avez renoncé l’an dernier à l’ambition du tiers payant généralisé, madame la ministre. Il eût été heureux de s’en approcher au contraire, en l’appliquant à cette mesure, ce qui aurait des effets utiles.
De surcroît, la logique de contournement que j’évoquais tout à l’heure se niche au cœur même des mesures susceptibles d’avoir un effet positif. Nous en conservons les aspects positifs afin de construire autrement l’avenir. Tel est le cas du reste à charge zéro, mais aussi de l’aide à la complémentaire santé. Par le biais des cotisations mutualistes, vous ferez supporter aux assurés une part non négligeable du coût de ces deux mesures.
D’après une étude indépendante parue aujourd’hui, les tarifs devraient augmenter de 7 % au cours des trois prochaines années, en vertu de la démarche de l’autofinancement déjà à l’oeuvre l’année dernière. Madame la ministre, votre plan s’intitule 100 % santé, nous en sommes très loin. Faites-le, faisons-le, en progressant vers un 100 % Sécu !
La deuxième intuition positive consiste à remettre en cause la tarification à l’activité, pour l’heure de deux pathologies. Nous demandons l’abrogation de la tarification à l’activité, mesure insensée et dévastatrice depuis sa création. Cette évolution pourrait aboutir à une autre philosophie de l’accueil, du soin ainsi que des relations entre la ville et l’hôpital, à quelques conditions toutefois, notamment l’existence d’enveloppes suffisantes, tant par patient que globalement. Enfin, au titre des mesures positives, on pourrait évoquer le dépistage précoce de l’autisme et quelques dispositions favorables aux indépendants.
Toutefois, rien de tout cela ne tombe du ciel. Rien de tout cela n’est dû à une générosité naturelle du Gouvernement. Tout cela est le résultat d’une situation intenable, faite de luttes dans le pays et de l’expression d’une colère, devenue si visiblement insupportable qu’il faut envoyer des signaux pour que ça ne craque pas.
Hélas, ces intuitions entrent dans un puzzle où elles jurent. En réalité, elles sont le bel arbre cachant la forêt qui l’est moins ; elles sont l’alibi fabriqué pour masquer le délit ; elles sont le paquet gratuit à condition d’en payer deux au prix de trois ; elles sont la publicité pour la lessive retenant la crasse avec ses petits bras musclés. (Rires sur plusieurs bancs.)
Il y a là l’habituel tour de passe-passe, la communication contradictoire brouillant les pistes. C’est l’effet boule de neige, caractéristique de votre discours, sur ce sujet comme sur bien d’autres – le pouvoir d’achat, par exemple. Lorsque l’on secoue la boule, la neige finit toujours par retomber. Nos concitoyennes et nos concitoyens s’en rendent compte.
Quelles sont les conséquences de vos choix structurants ? Si la sécurité sociale est excédentaire – une première depuis 2001 –, elle l’est au prix de sacrifices payés au prix fort. Les hôpitaux et les EHPAD sont parvenus au point de rupture. Les personnels n’en finissent pas de tirer la sonnette d’alarme, déplorant l’effacement de la dimension humaine de leur métier, si indispensable aux soins, l’indigence de moyens, la difficulté quotidienne à répondre aux besoins des patients, la démesure des injonctions, la catastrophe des fermetures en tous genres et les dérives de la confusion public-privé.
Vous alignez là, madame la ministre, des dispositions – dont certaines ont été adoptées par amendement – créant des zones de flou, des artifices et des rafistolages remettant en cause des principes pour un bénéfice sanitaire discutable. Dans ce contexte, comment s’effectuera la remise en cause – que nous avons tant espérée – de la tarification à l’activité, laquelle a lourdement contribué à marchandiser la santé et à favoriser une productivité insensée ? En outre, vous envoyez des signaux brouillés, monsieur le rapporteur général, en proposant un amendement visant à rémunérer les services d’urgence afin qu’ils refusent des patients.
En droit, une telle mesure nous semble constituer une sévère entorse au droit constitutionnel d’accès à la santé de toutes et tous comme aux principes du service public hospitalier et des pratiques des urgentistes. Elle soulève des questions sans réponses en matière de critères d’appréciation et de responsabilités des personnels de santé. Au regard de la situation actuelle, les hôpitaux méritent mieux que cela.
J’ai en mémoire les visages de ces femmes et de ces hommes travaillant dans les établissements que nous, parlementaires communistes des deux chambres, avons visités. Ils veulent faire leur métier et être respectés dans leur travail. J’ai en mémoire leurs paroles, empreintes de souffrance mais aussi de révolte. Au moment de prendre de lourdes décisions, j’aimerais que ces appels au respect de la dignité des soignants et des soignés résonnent ici. Pouvons-nous les ignorer ?
Pouvons-nous ignorer cette infirmière en psychiatrie qui ne veut plus enfermer et droguer ses patients mais demande le droit de les soigner ? Pouvons-nous ignorer cette aide-soignante qui a cinq minutes pour faire une toilette ? Pouvons-nous ignorer ce patient à qui l’on devrait prendre le temps de donner à manger ? Pouvons-nous ignorer ce médecin qui refuse de renvoyer des malades venus aux urgences par manque de lits ?
Pouvons-nous ignorer ces personnels qui demandent que l’on embauche des collègues et refusent que des boîtes privées se disputent des marchés d’entretien qu’elles n’honoreront qu’à moitié, faute de personnel formé à ce lieu singulier qu’est l’hôpital ? Nous ne le devons pas.
Hélas, rien de tout cela n’entre dans les cases des tableaux qui nous sont présentés. La communauté hospitalière, dans toute sa diversité, le dit. Ses membres reçoivent les annonces du plan santé comme la négation de tout ce qu’ils vivent quotidiennement, comme si l’on pouvait s’en sortir en jouant au Rubik’s Cube.
J’évoquerai un autre marqueur, sur lequel vous insistez avec obstination. Les retraités voient leurs pensions désindexées. Celles-ci ne seront revalorisés que de 0,3 %, alors que l’inflation s’élève à 1,3 %. Il s’agit d’une nouvelle attaque contre leur pouvoir d’achat, après l’augmentation de la CSG pour 8 millions d’entre eux et particulièrement d’entre elles. C’est une nouvelle ponction de 7 milliards d’euros en deux ans, représentant, pour un retraité touchant une pension de 1500 euros, 180 euros de manque à gagner.
Tel est le premier étage de votre réforme des retraites, madame la ministre, au sujet de laquelle vous avancez sur la pointe des pieds, munie de slogans trompeurs, afin de préparer doucement l’opinion à la logique d’individualisation des droits et de non-garantie du taux de remplacement. Vous avez évoqué tout à l’heure un projet de loi ad hoc sur les retraites ; permettez-moi de vous dire que nous craignons un projet de loi Tintin ! (Rires et applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)
Dans le pays, la colère des retraités est immense et n’en finit pas de se manifester. La piètre reculade que vous avez annoncée s’agissant de la CSG voici de longs mois ne concerne qu’un petit nombre d’entre eux. Surtout, elle constitue un aveu.
Allez au bout de votre prise de conscience ! Arrêtez de piller les retraités de notre pays ! Les APL et les allocations familiales sont aussi dans le viseur. Vous avez le coup de rabot bien sélectif !
Je recevais hier dans ma permanence un couple de salariés aux revenus modestes, parents d’un enfant et d’un autre à naître, cherchant un logement et percevant 30 euros d’APL pour 950 euros de loyer. Nous mesurons là le double effet Kiss cool de votre politique en matière d’APL, déjà amputées de 5 euros par mois l’année dernière.
Nous préférons rémunérer le travail, répondez-vous. Tout cela en fait partie ! Au demeurant, il est difficile de rémunérer le travail en arrosant si généreusement le capital. Forts de votre marotte de la baisse du coût du travail, vous reprenez désormais de vieilles mesures acclamées par la droite et prétendez donner un coup de fouet au recours aux heures supplémentaires, comme si la durée légale du travail n’était là que pour être transgressée, comme si les équilibres de vie ne méritaient pas d’être traités un peu moins à la légère par la puissance publique, comme si le travail ne méritait pas d’être mieux payé ! Cette logique de remise en cause des droits, vous ne vous en écartez pas lorsque vous envisagez de récupérer, sur toute allocation disponible, tout éventuel trop-perçu par un assuré.
Un mot encore sur le pouvoir d’achat. Instruit par l’expérience des débats en commission, je crains que nous n’entendions à nouveau le même discours ronronnant, expliquant comment le génie de la lampe va bientôt faire apparaître des pièces d’or sur la fiche de paie. (Rires sur divers bancs.)
Ce discours ne paie pas et ne passe pas. Le tour de passe-passe par lequel vous mêlez cotisations sociales, CSG et taxe d’habitation s’achève en une grande bouillabaisse où l’on ne retrouve pas ses poissons. (Rires sur les bancs du groupe GDR.) La moindre des choses que vous puissiez faire serait de voter une progressivité accrue de la CSG afin de rendre cette mesure un tantinet plus équitable, même si cela ne changera pas la face de la sécurité sociale.
Nous voici donc, avec d’autres propositions, car il faut revoir la copie. Tout d’abord, il faut s’atteler à mobiliser des ressources en mettant un terme à la prolifération des exonérations, en attaquant la fraude patronale aux cotisations sociales, en supprimant la taxe sur les salaires dans les établissements hospitaliers et les EHPAD, en renforçant la contribution sociale des entreprises générant des accidents du travail et des maladies professionnelles, en revenant au régime de la cotisation sociale, en soumettant à cotisation sociale les revenus financiers, en mettant les mains dans les bénéfices financiers des laboratoires pharmaceutiques et en regardant de près le financement public des grandes enseignes de cliniques et d’établissements privés.
Il faut décider d’un plan d’urgence pour l’hôpital, avec un volet formation, un volet embauches, un volet investissements, un volet restructuration de la dette. Il faut donner l’impulsion nécessaire au développement de centres de santé, conventionner les EHPAD, créer en créant un pôle public du médicament, en régulant les prix et en tenant compte dans la fixation de ceux-ci des aides publiques versées, en promouvant la santé au travail au lieu de développer les journées à rallonge, les semaines à rallonge, les années à rallonge parce qu’on se refuse à rémunérer le travail correctement.
Oui, la prévention doit être une priorité. Elle appelle bien sûr des politiques de santé. Mais elle appelle aussi la remise en cause des modes de production, de consommation, de transport, des modes de vie – bref, des changements profonds pour sortir du système sur lequel l’argent-roi pèse de tout son poids.
Un certain nombre de ces sujets seront absents du débat, puisque la trieuse déchaînée de l’Assemblée nationale est passée par là et qu’un nombre étonnant d’amendements ont fini au broyeur.
Pauvres amendements, jugés irrecevables parce que suspectés de s’être faufilés avec une dépense sur le dos ou un sujet indésirable en bandoulière ! Ce sont là des appréciations politiques discutables et que, comme parlementaires, nous n’avons aucun moyen de discuter. Notre discussion en sera appauvrie et nos décisions grevées.
Chères et chers collègues, des conseils de surveillance d’hôpitaux votent contre les budgets présentés parce qu’ils les savent insoutenables. La Fédération hospitalière de France a critiqué le cadre proposé. Les conseils d’administration des caisses de sécurité sociale ont voté contre ce projet. Il nous reste à amplifier ce mouvement, ici, dans l’hémicycle, pour qu’il se passe enfin quelque chose. Rejetons ce projet pour le repenser de fond en comble. Rendons visible ici ce qui monte dans tout le pays. Disons avec celles et ceux de nos territoires que ce n’est juste pas possible.
Le Président de la République ne sera pas très content, mais notre légitimité ne peut en permanence s’effacer devant la sienne.
N’ayez pas peur de l’affaiblir, madame la ministre. Au contraire, vous lui donnerez sans aucun doute de la force pour obtenir un autre cadre et construire une véritable loi de financement de la sécurité sociale.
Ne me pincez pas trop fort si je rêve, les urgences risquent de me renvoyer... (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, FI et SOC, ainsi que sur plusieurs bancs du groupe LR.)"

mardi, 23 octobre 2018