lundi 15 août 2011

Il est difficile de trouver les mots assez forts, assez rudes et profonds pour rendre compte d’une telle visite. Les derniers aménagements du site avec le Centre Européen du Résistant Déporté sont remarquablement réussis. Le parement noir des bâtiments et du mur qui guide le cheminement du visiteur à son arrivée, sans autre horizon qu’une perspective infinie et sans issue le coupe de toutes les images du monde. Les petites pancartes invitant au silence et au respect seraient-elles inutiles ? Un public de visiteurs de tous âges tente de marcher sans bruit, les yeux perdus dans le détail du portail tout proche ou plus loin dans la pente, comme coupés du monde qu’ils viennent d’abandonner quelques minutes plus tôt, quelques centaines de mètres plus bas.



La visite guidée, outre l’apport considérable pour mieux connaître et comprendre, permet de vivre l’expérience collective d’une émotion extrême, à la fois plus forte et plus supportable que dans une déambulation solitaire. Pendant presque deux heures de marche de halte en halte dans les vestiges à sentir vivre la mort au camp la connaissance croise l’expérience pour appréhender les limites de l’humanité. Passée la porte, l’inhumanité des moindres parcelles de cette histoire est incommensurable. Le cheminement depuis la gare de Rothau, les barbelés électrifiés de la double clôture, le déboisement des alentours pour mieux assurer la surveillance, le travail de construction de la route, du camp… un peu comme le creusement de sa propre tombe, une sépulture bien inutile à la vision furieusement violente de la cheminée du crématoire… Rien n’est supportable, pas plus la prison dans la prison, que les jardins d’agrément du ravin de la mort.
On ne peut pas ressortir indemne de cet espace ; il y a là de quoi galvaniser des convictions déjà bien établies, et peut-être en susciter de nouvelles. 
La bête immonde a toujours de la descendance et la lutte contre tout ce qui réduit l’homme à l’état de marchandise, tout ce qui institue le tri sélectif et la discrimination en modèle de société, tout ce qui fait violence à l’intelligence humaine pour confisquer le pouvoir des hommes sur les hommes, la lutte pour la paix et pour une société juste et respectueuse de la vie est encore bien d’actualité aujourd'hui, et chaque jour un peu plus.


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