vendredi 20 août 2010

Mémoire : à présent le passé ne manque pas d'avenir...


S'il est une chose qui fait vraiment mauvais ménage avec le pouvoir et la politique, c'est bien la mémoire. Pauvresse malmenée pour que ses restes amputés servent les ambitions de pouvoir de quelques uns, la mémoire devient sélective dès qu'elle sert le politique.
Le pouvoir, dans sa réalité de temps en temps, dans son illusion le plus souvent, s'accapare des morceaux du passé pour raccommoder un présent trop peu séduisant.
La légende napoléonienne en est emblématique, mais d'autres célébrations plus contemporaines ne sauraient échapper à la règle.

Dès qu'il accède au pouvoir le politique n'a de cesse de miner l'échafaudage qui lui permit d'atteindre "son sommet" de grande peur que celles et ceux qui l'ont soutenu dans son ascension l'y suivent ! De Grossouvre tombé en disgrâce  ne se suicida-t-il pas dans un petit bureau de l'Elysée... sa déambulation hantant les couloirs du palais l'avait fait surnommer Belphégor par les nouveaux favoris du Mitterrand devenu président et dont il avait accompagné la fréquentation du pétainisme avant d'avoir rejoint la Résistance.
Les plus hautes sphères de l'Etat qu'on voudrait encore républicain n'ont pas le privilège de ces comportements médiocres pétris de prétention. Les évolutions politiques conduites depuis plus d'un quart de siècle autour du concept de la décentralisation n'ont fait qu'accentuer des dérives comportementales chez les élus qui ne servent pas la démocratie citoyenne, mais la font plutôt régresser sur des formes de gouvernement qui fleurent bon le temps des privilèges.
La scène politique se réduit souvent à celle strictement médiatique du spectacle. Ce que les politiques cherchent et trouvent d'ailleurs le plus souvent, c'est d'un public acquis, une forme de "club de supporters" qui les suit comme il s'égosille dans les tribunes du stade ou applaudit sur des fauteuils de Zénith.
Les élus ont construit leur "entre-soi", d'abord en fondant une myriade d'associations affinitaires, puis en phagocytant les organisations politiques au point de les réduire à la monoculture électorale.
Un des derniers partis à résister à cette évolution fut le parti communiste français. Mais depuis que les structures militantes de base, cellules locales, d'entreprises ou de quartiers ont été évacuées du paysage politique communiste et que le précepte d'ouverture a soumis les militants adhérents aux exigences d'invités occasionnels, les choses ont bien changé. Les élus sont évidemment un signe de reconnaissance de l'opinion, du partage majoritaire d'objectifs et d'ambitions que tout politique doit rechercher. L'époque de l'après-guerre avait naturellement donné aux communistes une place d'importance dans la vie politique du pays; c'était le fruit naturel de l'engagement des communistes dans la Résistance avec les acquis qui s'en suivirent, tout comme celui de leur contribution aux luttes accompagnant le Front populaire porteuses d'espoir . Si les élus d'aujourd'hui peuvent endosser cet héritage lointain, ils ne disposent plus de cette forme ancienne de légitimité naturelle et les avatars du "communisme" galvaudé dans les expériences de l'est et les cataclismes qui ont émaillé la fin du XXème siècle ont fini d'en ternir l'image.
Désormais, si l'on veut continuer d'avoir des élus, dans un système où seule la partie émergée de l'iceberg a de la valeur, il faut bien composer un peu, à la fois dans des systèmes d'alliances et dans la teneur de la proposition faite aux électeurs. Les dernières échéances régionales ont été sur ce point tristement caricaturales avec une multitude de solutions offertes à l'électorat communiste...
Les autres familles politiques ne sont guère différentes et d'ici quelques années les analystes vont probablement noter que le tournant de l'an 2000 a été fatal en France à l'un des héritages de la Révolution qui identifiait le citoyen comme l'acteur politique majeur, quand plus tard, mais sur lâ même ligne, une constitution de la République reconnaissait aux partis constitués la responsabilité de l'animation de la vie démocratique au travers du débat politique.
Aujourd'hui le changement est paré de toutes les vertus; la gauche, traditionnellement progressiste est taxée de conservatisme par des conservateurs qui tentent de repeindre les vieilleries de leur catalogue aux couleurs du modernisme.
Aujourd'hui surtout l'extrémisme serait justifiable pour peu qu'il mette la droite à la remorque de l'extrême droite avec quelques fausses cartes récupérées à la marge droite de la gauche ; mais la gauche serait suspecte dès qu'elle oserait un soupçon de radicalité. Cette forme du compromis conduit à la compromission, et loin de profiler quelques avancées progressistes elle ne promet que le moindre mal d'une" régression contrôlée". Avouez que ce potage n'a rien de très séduisant et il n'y a rien de trop étonnant à voir les citoyens devenus consommateurs de promesses hésiter entre Quick et Mac Do, socialistes ou sarkozystes à défaut d'être abstentionnistes !
La contre-révolution n'est pas une fatalité indépassable et les ravages économiques et sociaux orchestrés par les tenants du capitalisme -ultra ou plus modérés comme les derniers socialistes convertis à l'économie de marché- peuvent être combattus avec un espoir de succès pour peu que l'on s'y attaque avec de la volonté et les moyens qui vont avec.
Le besoin urgent dans la vie politique  de notre pays est un besoin de démocratie. Pas d'une démocratie de vrais-faux débats citoyens sous l'autorité d'élus en mal de légitimité, mais d'un véritable débat idéologique enseignant le peuple de ses droits et de ses devoirs autrement qu'à la botte des CRS, dans les charters de la reconduite à la frontière, dans les file d'attente des restos du cœur ou sur les bancs de la comparution immédiate...
Une condition première, le premier travail des politiques c'est la production de: la pensée politique et des idées organisées en projets cohérents. Le monde, et la France ont besoin d'un projet communiste émancipateur plutôt que gestionnaire, mobilisateur plutôt que clienteliste. L'ambition n'est pas la prétention, et il faut une part d'utopie pour que l'espoir devienne réalité.
Quelle politique publique en matière d'éducation, de santé, de sécurité... Quel choix d'accès aux ressources pour les besoins vitaux en matière de transport ou d'énergie, qu'elle approche de la coopération professionnelle et interprofessionnelle, quelle ambition dans le domaine du développement  à l'échelle du monde, quelles orientation en matière d'aménagement et de développement des territoires, quels systèmes d'échanges appuyés sur quels outils financiers, quel équilibre productif établir entre la formation, la production au travail, le repos, la vie sociale et le développement personnel... Toutes ces questions sont à la portée de tous. Encore faut-il s'autoriser à les mettre en débat.
Les sempiternelles querelles des socialistes partagés en tant de baronnies, les sacrifices rituels de la droite pour se régénérer marquent un paysage en perte d'idées neuves. La faiblesse idéologique n'a jamais été mieux illustrée que par les processus d'exclusion ou de mise au placard qui sont autant d'automutilations. Les supposées victoires remportées contre son camp n'ont jamais servi que l'adversaire.
Du passé faisons table rase...N'en faisons pas le plus mauvais usage dans la promotion de l'oubli ou de l'auto flagellation. Les fondamentaux d'hier valent aussi pour demain.
A nos fourneaux pour cuisiner un avenir de liberté, d'égalité, et pourquoi pas, de fraternité !

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